Les 48 premières heures déterminent si un incident devient un événement documenté et défendable, ou un problème réglementaire. Voici la séquence.
En vertu de la Loi 25, un « incident de confidentialité » désigne tout accès, utilisation ou communication non autorisés de renseignements personnels, ou leur perte. Cela couvre le rançongiciel, mais aussi le portable volé, le courriel mal adressé ou le compte d'un ancien employé jamais désactivé. Peu importe l'ampleur, les étapes sont les mêmes.
Arrêtez l'hémorragie d'abord. Désactivez les comptes compromis, isolez les machines touchées, révoquez les identifiants exposés, rappelez le courriel mal adressé si votre plateforme le permet. La Loi 25 exige explicitement des mesures raisonnables pour diminuer le risque de préjudice et éviter que l'incident se reproduise; le confinement n'est pas seulement une bonne pratique, c'est une obligation.
Préservez les preuves en même temps. Ne réinitialisez pas une machine compromise avant d'avoir capturé ce qui s'est passé; vous aurez besoin de la chronologie pour les étapes suivantes.
La notification repose sur une question : l'incident présente-t-il un risque sérieux de préjudice pour les personnes concernées? La Loi 25 précise ce qu'il faut soupeser :
Impliquez votre responsable de la protection des renseignements personnels dans cette évaluation, et consignez le raisonnement, quelle que soit la conclusion. Un incident évalué à faible risque avec des motifs documentés est défendable. Le même incident sans trace écrite ne l'est pas.
Si vous concluez à un risque sérieux de préjudice, vous devez aviser la CAI et les personnes concernées, avec diligence et sans délai. Il n'y a pas de délai fixe de 72 heures comme dans le RGPD européen, mais attendre des semaines ne respecte pas la norme. La CAI fournit un formulaire de déclaration d'incident sur cai.gouv.qc.ca.
Il peut aussi être nécessaire d'aviser des tiers en mesure de réduire le préjudice, comme votre banque ou un service de surveillance du crédit. Si les systèmes d'une autre organisation sont en cause (votre fournisseur de paie, par exemple), coordonnez-vous pour que les avis soient cohérents.
Chaque incident de confidentialité va au registre, y compris ceux qui n'atteignent pas le seuil du préjudice sérieux. Notez la date, ce qui s'est passé, les renseignements en cause, le nombre de personnes touchées, votre évaluation du risque et son raisonnement, qui a été avisé, et ce que vous avez changé par la suite. La CAI peut demander ce registre lors de toute enquête, et un registre bien tenu est votre meilleure preuve de bonne foi.
Une fois la poussière retombée, fermez la brèche qui a permis l'incident : imposez l'authentification multifacteur, corrigez le système exposé, resserrez les droits d'accès, formez la personne qui a cliqué. La Loi 25 exige des mesures pour éviter la récidive, et c'est ce suivi qui transforme un incident en posture de sécurité renforcée plutôt qu'en récidive annoncée.
Chaque étape ci-dessus va plus vite si la tuyauterie existe d'avance : un responsable désigné, un registre des incidents à jour, des copies de sauvegarde testées et un plan de réponse d'une page qui précise qui évalue, qui avise et qui parle aux clients. L'auto-évaluation vous dira en cinq minutes si ces éléments sont en place.